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Chaque mois, Innoviris pose quelques questions à un acteur bruxellois innovant. Qu'ils soient chercheurs, entrepreneurs, partenaires, ils auront tous un avis pertinent sur différents aspects de la RDI bruxelloise.

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Qu'ils soient chercheurs, entrepreneurs, partenaires, ils auront tous un avis pertinent sur différents aspects de la RDI bruxelloise. 

 

Janvier 2019: une rencontre avec Koen Kas, Healthcare visionary

Koen Kas est healthcare visionary. Il préconise des soins de santé « delightful », personnalisés et anticipatifs. Cette vision, il l’explique dans ses deux livres « Sick No More » et « Your Guide to Delight ».

CEO de Healthskouts et partenaire de Healthstartup, il fait également partie des conseils scientifiques de différentes entreprises life science. Il donne des keynotes partout dans le monde et sera notre invité ce 26 février.

Il viendra nous parler de la médecine prédictive dans le cadre du lancement de notre appel à projets R&D collaboratifs ayant pour thème: d'une médecine thérapeutique vers une médecine prédictive.

Quels sont les avantages de la médecine prédictive ?

Aujourd’hui, il apparaît comme une évidence que la médecine prédictive présente énormément d’avantages, qui ne voudrait pas pouvoir éviter de tomber malade ? Mais, le secteur des soins de santé est plutôt connoté négativement. Pourquoi ? Car actuellement nous attendons toujours que les problèmes commencent pour tenter d’y remédier par la suite… La médecine prédictive, quant à elle, permet de prévenir des maladies et de récompenser les personnes qui adoptent un style de vie sain. C’est une toute autre façon de voir les choses.

N’oublions pas non plus l’avantage économique considérable. Prenons 100 euros dépensés en soins de santé en Europe : 90 euros seront destinés aux soins des personnes dans les deux dernières années de leur vie et seulement 1 euro sera utilisé pour la prévention. Pouvoir prédire qui tombera malade pour ensuite l’éviter, présente un réel avantage sur le plan financier.

Qu'en est-il des désavantages ?

Je pense qu’il y a trois risques importants, au niveau de l’utilisation des données. Celles-ci sont centrales, car il faut en posséder afin de pouvoir prédire ou corriger des choses. Le plus grand souci est la sécurité des données, plus les informations circulent, plus il y aura d’abus.

Prenez, par exemple, le cas de Dick Cheney: après avoir vu un épisode de la série Homeland qui montrait que le pacemaker du vice-président fictif pouvait être hacké, l’ancien vice-président des Etats-Unis n’a pas tardé à faire enlever le sien. Pourtant, je suis convaincu que la sécurité des données n’est pas le plus grand défi. Les personnes n’hésiteront pas à renoncer à leurs données privées si la plus-value de la récompense est réelle. Si nous arrivons, via la partage des données et la co-création entre différentes parties, à créer des services uniques, tout le monde sera prêt à payer pour ces services. Ce dernier argument convaincra également les entreprises à entrer dans la danse.

Je pense que les deux plus grands défis de toute cette approche sont l’éthique et la morale. Jusqu’où voulons-nous aller dans la détection des maladies, voire des caractéristiques physiques et psychologiques ? Nous réalisons déjà des tests de dépistage pour la trisomie 21 ou encore pour la mucoviscidose, ce qui me semble également acceptable. Mais faut-il permettre aux futurs parents de choisir la couleur des cheveux de leurs enfants ? Faut-il dépister les maladies incurables ? Certaines personnes digéreront-elles mieux cette information que d’’autres ? La révolution biologique soulève plus de dilemmes éthiques et morales que la révolution numérique ne soulève de questions en matière de vie privée.

Dans votre livre « Sick No More » vous dites que la progression de la médicine prédictive est « la transition d’un paradigme réactif vers un paradigme proactif ». Vivons-nous une phase de transition ?

Il y a quatre ans, cela paraissait de la science-fiction. Aujourd’hui, j’accompagne des entreprises internationales qui n’ont parfois même aucun lien avec la médicine (prédictive) à opérer la transition. Certains exemples prouvent que c’est déjà très concret : il existe des entreprises pharmaceutiques qui protègent les patients à haut risque de diabète afin qu’ils ne développent pas la maladie, certaines compagnies d’assurances américaines se spécialisent pour proposer une assurance adaptée aux femmes ayant vécu un cancer du sein car celles-ci ont souvent du mal à trouver une assurance suite à leur maladie.

Quels domaines nécessitent encore de la recherche scientifique ou de l’innovation ?

Je suis convaincu par le fait que les soins de santé deviendront la norme à l’avenir: ce que j’appelle le healthcare by default. Je pourrais trouver une application orientée santé dans n’importe quel secteur, cela concerne tout le monde. Mitsubishi, leader du marché des polymères pour les imprimantes 3D, possède un brevet sur des patchs high-tech pour les personnes âgées qui pourront prévenir la déshydratation. Toutes les trois heures, le patch émet un signal vers une télévision qui affiche alors un message pour pousser les personnes âgées à prendre un verre d’eau. Dans la même vague, aux Etats-Unis, Netflix permet à ses utilisateurs « d’embaucher » leur personnage favori comme coach afin de les pousser à faire 10.000 pas par jour. Les compagnies d’assurance récompensent alors cet effort.

Pourquoi la collaboration entre le monde académique et industriel est-elle si importante ?

Aujourd’hui, l’idée qui prévaut dans l’industrie est « mes données, mon argent ». Les entreprises ne savent pas pourquoi ni comment partager leurs données. Elles ne se rendent pas compte que les collaborations avec le secteur académique ou les utilisateurs finaux peuvent mener au développement de produits qui seraient inconcevables pour une entreprise agissant seule. Dans le passé, nous avons accompagné UCB, une entreprise pharmaceutique spécialisée dans le développement des médicaments contre l’épilepsie et la maladie de Parkinson. Elle voulait offrir autre chose que des médicaments à ses patients. Nous avons alors organisé un hackathon durant lequel vingt équipes de patients, chercheurs, médecins, infirmiers, développeurs et designers ont échangé et collaboré. Le hackathon a mené à une application qui offre aux patients épileptiques la possibilité d’envoyer automatiquement un message à un certain nombre de personnes de contact. Petit à petit, le mur entre l’industrie pharmaceutique et le patient se brise; de meilleurs soins sont offerts sur base des données du patient.

C’est ce que je vais tenter de démontrer pendant le matchmaking event du 26 février. Grâce à la richesse des connaissances des différents acteurs, le tout vaut plus que la somme des parties. Elle permet de réaliser des choses à la base inconcevables, de soumettre des projets innovants qui aident à modeler le futur de la santé.

Le sujet vous intéresse ? Vous souhaitez mettre en place un projet R&D collaboratif sur cette thématique ?

Inscrivez-vous à notre évènement du 26 février